APIJ BAT : l’écologie du bâtiment dans toutes ses dimensions

30 septembre 2016

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Photo d’un des chantiers d’écoconstruction de l’entreprise d’insertion APIJ BAT, adhérente à la fédération des entreprises d insertion

Basée au beau milieu de la cité des cosmonautes à Saint-Denis, l’entreprise d’insertion APIJ BAT fête cette année ses 30 ans. Avec près d’1,3 M€ de chiffre d’affaires et 25 salariés dont 12 en parcours d’insertion, l’entreprise a su assurer sa pérennité en se lançant il y a quinze ans dans l’écoconstruction. Plus qu’un mode de construction, c’est avant tout l’écologie qu’APIJ BAT met en place et défend. Immersion dans l’un des chantiers de l’entreprise à Pantin avec l’extension et l’élévation d’une maison ouvrière dans le cadre d’un habitat participatif.

Ecologie de l’activité

Photo des locaux de l'entreprise d'insertion APIJ BAT à la Cité des Cosmonautes à Saint-DenisFondée par Rémy Beauvisage et Jean-Daniel Messinger, l’entreprise est née dans une cave en 1986. « C’est parti de presque rien, ils ont commencé avec des escabeaux, de l’outillage, puis une camionnette … » racontent Mathieu Dehaudt et Patrice Pauly, tous deux conducteurs de travaux chez APIJ BAT.

Il y a une quinzaine d’années, l’entreprise dyonisienne s’est lancée dans l’ossature bois, de la construction extérieure aux lots intérieurs, avant tout par conviction… mais ce fut aussi un vrai projet structurant pour l’entreprise. L’écoconstruction représente aujourd’hui la moitié de l’activité d’APIJ BAT, activité pour laquelle son expertise est reconnue dans la région. Pour l’écoconstruction, c’est l’ossature bois réalisée à partir de cadres en bois que l’on isole par la suite, qui est privilégiée. « En France, on a des doutes sur la construction en bois qui commence à se développer, alors que la technique est parfaitement maîtrisée. Elle représente 90% des maisons neuves construites aux Etats-Unis chaque année ».

Pour Mathieu et Patrice, la construction écologique « n’est pas la réalisation d’un bâtiment sans aucun impact sur l’environnement, car ça n’existe pas, tout simplement !». Ça ne se réduit pas non plus à la simple utilisation de matériaux respectueux de l’environnement. La construction écologique est avant tout « un objectif et une façon de voir les choses ». Construire de façon écologique signifie pour APIJ BAT prendre en compte l’ensemble des paramètres : matériaux, travailleurs sur le chantier, propriétaires, riverains, biodiversité,… et s’adapter aux besoins réels des personnes.

Ecologie du territoire

 façade en bois existante et nouvelle façade en boisL’activité d’écoconstruction en Ile-de-France se situe principalement entre 100 et 200 kms de Paris. Les panneaux sont fabriqués sur place de manière industrielle puis envoyés par camion sur Paris. APIJ BAT se définit lui comme « un fabricant de prototypes, spécialiste du mouton à cinq pattes » confient Mathieu et Patrice. A Saint-Denis, l’entreprise a réalisé les locaux de la Crèche Picou, un projet familial et associatif portés par les parents du quartier attenant au jardin Picou.  A Roissy, elle a fabriqué des cabines en bois pour le stationnement de véhicules pour la société de location Sixt. L’entreprise travaille actuellement sur un projet de classe d’école en murs de paille pour la mairie de Rosny-Sous-Bois.. « APIJ est une entreprise capable de réaliser des projets sur mesure voire hors-normes ! ». Au-delà de ces projets, APIJ BAT mène des chantiers de rénovation plus classiques. Au total, ce sont par an entre 30 et 50 chantiers que l’entreprise réalise pour des clients très différents (travaux de rénovation pour des particuliers, aménagement de locaux pour des associations, sous-traitance de majors sur de la construction bois ou du bardage bois, projets pour les collectivités publiques…).

L’engagement d’APIJ sur le territoire passe également par la coopération avec les autres entreprises. APIJ BAT a notamment collaboré avec l’entreprise d’insertion SPL pour la réalisation de quatre éco-maisons en bois dans le quartier de la plaine à Saint-Denis. APIJ BAT est également membre fondateur du pôle territorial de coopération économique (PTCE) de Montreuil qui prend la forme d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) « Construire Solidaire ». La SCIC, créée en 2015, rassemble des acteurs de l’habitat et de la construction écologique ayant une expertise reconnue dans le domaine,  ancrés sur le territoire et dans la politique de la ville.

Ecologie de l’habitat

Photo du chantier réalisé par l'entreprise d'insertion APIJ à Pantin avec les propriétaires

APIJ séduit aussi les particuliers. Dans une zone résidentielle de Pantin, une petite maison ouvrière début 20ème, surmontée d’un étage supplémentaire et d’une extension, tout en bois. « On a eu le coup de cœur pour cette maison » expliquent Claude Vincente et Christian Lambert, deux des trois propriétaires de cet habitat collectif encore en chantier. « Nous étions au départ une dizaine d’habitants du quartier à avoir pour projet de construire un bâtiment en ossature bois en habitat participatif ». La recherche du terrain, les exigences des promoteurs et quelques divergences entre habitants, ont changé la configuration du projet. « Et finalement on est trois aujourd’hui».

L’un des propriétaires connaissait APIJ BAT et avait eu de bons échos. « On se sent en accord avec les valeurs d’APIJ BAT et du coup en confiance pour travailler avec elle». En dehors de leurs trois appartements, les propriétaires - deux familles et un homme seul - partageront 40m2 d’espaces communs : une cave/buanderie, une chambre d’amis avec salle de bain, et un jardin. 

Ecologie d’entreprise

Photo de Mourad Ouferhat, chef de chantier chez APIJ BATDès sa création, APIJ BAT s’est donnée pour finalité de faciliter l’accès à l’emploi de ceux qui en sont éloignés. Pendant 15 ans, la mission d’insertion de l’entreprise s’est tournée exclusivement vers les jeunes, « des jeunes très décalés avec qui il fallait consacrer beaucoup de  temps, de discussion et de recadrage ».

Sur le chantier de Pantin, 7 salariés en moyenne, dont un peu plus de la moitié en parcours d’insertion, sont mobilisés. Pour Mourad Ouferhat, chef de chantier et salarié d’APIJ BAT, l’écoconstruction permet non-seulement aux salariés en parcours d’insertion d’acquérir de nouvelles compétences mais également d’apprendre un métier valorisant, tant par sa dimension environnementale que par la noblesse des matériaux employés. « Le chantier est aussi l’occasion pour eux d’un travail sur soi ». confie Mourad Ouferhat.

« Vous habitez chez les gens pendant 6 mois parfois, le rapport avec les clients est très différent. Vous avez des clients et des salariés d’APIJ qui se claquent la bise, et sont même devenus amis ». A l’heure du déjeuner, Christian, l’un des propriétaires attise avec Mourad les braises du barbecue improvisé dans le jardin. Salariés en parcours d’insertion, chef de chantier, conducteurs de travaux, propriétaires et leurs enfants, se retrouvent ce jour-là autour de la table malgré quelques gouttes qui n’empêcheront pas à ce petit écosystème humain de passer un bon moment.