Dans le matelas, tout est bon !

06 novembre 2018

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Respectivement issus du milieu de la grande distribution et de la publicité, Franck Berrebi et son associé, Jeremy Settbon, sont partis d’un constat simple : « Plus de cinq millions de matelas sont enfouis en France chaque année et quand on sait qu’un matelas met plus de cent ans à se bio-dégrader…. ». C’est ainsi que Recyc Matelas Europe est née en mars 2010 ; et comme la fibre environnementale et sociale vont de pair pour les deux co-fondateurs, l’entreprise a été conventionnée entreprise d’insertion, trois ans après.

 

Une entreprise en éveil H24

Sur le site de Limay, situé dans le bassin d’emplois du Mantois, 40 salariés dont la moitié en parcours d’insertion se relaient pour faire les trois-huit, dans un entrepôt de 2 700 m2. Les matelas s’y amoncellent, en attente d’être démantelés sur la chaîne motorisée qui comprend deux lignes de production, mousse et ressorts. Les différents matériaux sont ensuite pressés et mis en balles pour être acheminés auprès de sous-traitants afin d’être transformés en produits finis à destination de l’ameublement ou du bâtiment. « Il faut savoir que 75% des matériaux qui composent les matelas sont recyclables comme la mousse, le latex, le métal, la laine, le coton, etc., et 25% sont valorisés en combustible de substitution de réparation. Un matelas est donc valorisé à 100% », explique Franck Berrebi. Les vieux matelas usés vivent ainsi une deuxième vie en plaques de feutre, produits d’assises, pièces de voiture à base de polyuréthane, tapis de vaches en latex ou matières premières pour le bâtiment.

 

« Au départ, il a fallu tout inventer ! »

« Quand nous nous sommes lancés dans cette aventure, le recyclage de matelas n’existait pas en France. Avant de démarrer l’activité, nous sommes donc allés voir les fabricants et les distributeurs car le plus important, ce n’est pas de savoir démanteler un produit mais de savoir le transformer et le commercialiser ensuite. Dépendre des filières et des matières brutes était trop risqué pour l’entreprise au regard de la fluctuation des marchés ». Et pari gagnant ! A titre d’exemple, Recyc Matelas a aujourd’hui six références d’assises de canapé chez un grand fabricant d’ameublement.

Outre le process technique de démantèlement et d’hygiénisation des matelas usagés ainsi que la recherche de filières de valorisation adaptées, l’autre défi pour Franck Berrebi a été de « fédérer les salariés car nous ne sommes pas sur des métiers super sexys », d’autant qu’en tant qu’entreprise d’insertion, Recyc Matelas « travaille avec une population difficilement employable, lié au bassin d’emplois du Mantois, où les personnes cumulent des difficultés et où tenir le coup n’est pas simple !» ajoute Claire Do Vale, chargée d’insertion de l’entreprise. Afin d’atténuer la pénibilité des tâches et dans ce même souci de fidélisation, Recyc Matelas a également mécanisé le démantèlement sans supprimer d’emplois,  afin d’améliorer les conditions de travail de ses salariés.

 

Objectif désormais : maîtriser la boucle

Depuis la loi du Grenelle 2 de 2012, qui a étendu la responsabilité élargie des producteurs (REP) à de nouvelles filières dont celle des déchets d’ameublement, l’activité de Recyc Matelas ne cesse de croître. L’entreprise affiche un chiffre d’affaires de quatre millions d’euros en 2018, et prévoit, en 2019, 50% de croissance et l’ouverture de deux sites supplémentaires. Mais les projets de développement de Recyc Matelas ne s’arrêtent pas là… L’objectif est désormais d’internaliser la transformation de matières que l’entreprise sous-traite pour l’heure en France et en Belgique afin de maîtriser la filière de bout en bout. L’entreprise projette ainsi, à partir du recyclage de matelas, de concevoir, fabriquer et commercialiser des produits finis à destination du bâtiment. « On a un avenir radieux, avec un modèle qui fait sens ! ». Et quand on demande à Franck Berrebi comment il voit Recyc Matelas dans quinze ans, la réponse est claire : « on ne sera plus considéré comme une entreprise de recyclage de matelas mais comme une entreprise industrielle, à part entière, à la croisée de l’environnemental, de l’économique et du social, ayant su innover et se structurer pour une économie 100% circulaire ». En attendant, Recyc Matelas interviendra lors de la journée « enrichissez la boucle ! », organisée par la fédération, le 4 décembre prochain, à Paris, et pour laquelle les inscriptions en ligne (gratuites mais obligatoires) sont encore ouvertes. 

 

Pour en savoir plus sur Recyc Matelas : www.recyc-matelas.fr

Pour découvrir l’intégralité du programme du 4 décembre 2018, cliquez ici.