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Aligner la politique de l’offre avec la politique d’insertion par l’activité économique : le courrier de Nadia Landry au Premier Ministre

Monsieur le Premier Ministre, 

Dans votre « lettre aux entrepreneurs » du 9 septembre dernier, vous affirmiez « qu’on ne redresse pas durablement les comptes d’un pays en cassant son moteur économique » et « qu’on ne fait pas des économies en cassant ce qui fonctionne ». Vous promettiez la stabilité plutôt que des changements incessants, « du bon sens plutôt que de la bureaucratie », « de la compétitivité plutôt que des décisions qui découragent l’investissement ». Enfin, vous préférez « choisir ceux qui produisent, investissement et prennent des risques plutôt que de les décourager ». 

En tant que cheffe d’entreprise et représentante des 2 000 entreprises d’insertion (Ei) et de travail temporaire d’insertion (ETTi) qui maillent la France, j’adhère à ces principes mais votre discours de soutien aux entreprises détonne avec la manière dont sont traitées les entreprises d’insertion, partenaires privilégiés de votre politique de l’offre en faveur de l’emploi. 

En dédiant une partie de leurs bénéfices et en organisant leurs appareils productifs en faveur de la politique d’insertion par l’activité économique (IAE) de l’Etat, les entreprises d’insertion permettent chaque année à des dizaines de milliers de personnes victimes d’exclusion sociale de retrouver le chemin de l’émancipation par le travail. 

Mais leur modèle économique est fragilisé : plus d’un tiers des Ei/ETTi ont vu leur chiffre d’affaires diminuer en 2025 et leurs marges s’érodent dangereusement, ce alors que les personnes accompagnées vers l’emploi accumulent de plus en plus de freins socio-professionnels. La faute en partie à la baisse des budgets dédiés à l’IAE1, corrélée à un pilotage étatique qui néglige les contraintes économiques propres à ces entreprises. En effet, la baisse du financement des postes en insertion au sein des Ei/ETTi contraint ces dernières à amputer leurs marges (donc leur compétitivité et leurs investissements) pour financer elles-mêmes l’insertion, ainsi qu’à renoncer à certains marchés au détriment de la création d’emplois et de richesses sur les territoires. Un comble ! 

Pourtant, l’investissement dans les postes en insertion en Ei/ETTi rapporte plus à l’Etat et à la sécurité sociale qu’ils ne leur coûtent2. De plus, cet investissement est une réponse incontournable aux difficultés croissantes de recrutement de personnes formées et employables par les entreprises – un enjeu crucial puisque la crise sociale et démographique risque de freiner les ambitions de votre gouvernement en matière de réindustrialisation, de financement de la protection sociale de nos ainés ou encore d’accélération de la transition écologique. 

L’octroi de postes en insertion au sein des Ei/ETTi est une solution efficace pour rééquilibrer les finances publiques – en même temps que pour réparer la cohésion sociale, lutter contre le chômage et l’exclusion, et construire l’économie de demain. A l’inverse, couper les budgets dans l’IAE ira à l’encontre de la politique de l’emploi et finira par coûter cher à l’Etat et à la sécurité sociale. 

Ainsi, j’en appelle à votre « bon sens » pour ne pas « casser ce qui fonctionne » en préférant « choisir ceux qui produisent » par l’intégration pleine et entière de l’IAE dans votre politique de soutien à l’économie. Un choix aligné sur le consensus parlementaire très large qui s’était exprimé l’an dernier en faveur de l’IAE. 

Les entreprises d’insertion sont prêtes à libérer tout leur potentiel économique et social à condition que votre Gouvernement soutienne leurs efforts plutôt que ne les « décourage ».  

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma haute considération. 

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