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La Fabrik à Yoops : des mini-maisons pour reconstruire bien plus qu’un toit
À Rouen, La Fabrik à Yoops fabrique des mini-maisons mobiles en bois destinées aux personnes en situation de grande précarité. Entre réponse aux besoins de logement, construction responsable et insertion professionnelle, l’entreprise fondée par Franck Renaudin en 2020 porte un modèle singulier qui commence aujourd’hui à essaimer au-delà du territoire normand.
Des mini-maisons pensées pour les personnes en grande précarité
Après plus de 30 ans passés dans des pays en développement à travailler sur l’insertion de populations en grande précarité, Franck Renaudin crée La Fabrik à Yoops en 2020 avec une ambition claire : produire des mini-maisons mobiles en bois exclusivement destinées à des personnes confrontées à une forte précarité, notamment en matière de logement. La production débute en avril 2022 après une levée de fonds menée en 2021. Depuis, 54 mini-maisons ont été produites et 43 doivent être habitées dans la métropole rouennaise à la fin de l’année.
L’entreprise compte aujourd’hui neuf salariés, dont quatre en parcours d’insertion, et sept personnes sont directement mobilisées sur la production des maisons. La construction se veut particulièrement qualitative : les mini-maisons sont fabriquées selon la réglementation RE2020 et privilégient des matériaux vertueux, comme le Métisse, un isolant conçu à partir de textiles recyclés. Un choix qui répond autant à une volonté de durabilité qu’à celle de réduire au maximum les charges des futurs habitants.
Un toit et un emploi comme leviers d’insertion
La particularité de La Fabrik à Yoops tient également à l’articulation étroite entre son projet de logement et sa mission d’entreprise d’insertion. En parallèle de l’entreprise, Franck Renaudin a créé en 2020 La Case Départ, un lieu d’accueil de jour destiné aux personnes en situation de grande précarité dans la métropole rouennaise. Une majorité des salariés en insertion de La Fabrik à Yoops viennent de cette association, sans que le recrutement leur soit exclusivement réservé. Surtout, l’entreprise veille à ce que chaque salarié en insertion dispose déjà d’un logement au moment de commencer son parcours, que ce soit dans une mini-maison, dans un appartement trouvé grâce à l’accompagnement ou par ses propres moyens.
Dans l’atelier, les salariés interviennent sur toutes les étapes de fabrication : ossature bois, aménagement intérieur, bardage, toiture, mais aussi plomberie et électricité. Cette polyvalence leur permet d’acquérir des compétences diversifiées, complétées par des formations externes, notamment les CACES, des formations en plomberie ou en électricité.
Le projet agit ainsi sur deux dimensions essentielles : permettre à des personnes éloignées de l’emploi de retrouver une activité professionnelle tout en contribuant à produire une solution de logement destinée à d’autres personnes confrontées à la grande précarité.
De Rouen à d’autres territoires, une solution qui essaime
Initialement imaginé pour répondre aux besoins de la métropole de Rouen, le modèle attire désormais l’attention bien au-delà de son territoire. Des acteurs du logement et de l’hébergement de plusieurs territoires, notamment Strasbourg, Lille ou encore en Bretagne, se sont rapprochés de La Fabrik à Yoops pour mieux comprendre la démarche et envisager son déploiement local. Une maison est déjà partie à Abbeville, une autre doit rejoindre Cherbourg et une autre a été vendue à un acteur bordelais. Des projets avancent également à Lille, au Havre, à Dieppe et à Taverny.
La Fabrik ne se contente pas de construire les maisons. Elle partage son expérience avec ces acteurs, depuis la recherche de terrains jusqu’aux enjeux d’urbanisme et de financement. Dans la métropole rouennaise, ce mode d’habitat est notamment intégré au plan local d’urbanisme et peut être conventionné en PLAI (Prêt Locatif Aidé d’Intégration) adapté.
L’enjeu est de proposer une forme d’habitat intermédiaire à des personnes pour lesquelles le passage direct de la rue à un logement collectif n’est pas toujours adapté. Les mini-maisons peuvent être installées seules ou en petits ensembles. Sur certains terrains, trois à cinq logements se côtoient autour d’espaces communs. La Fabrik à Yoops souhaite aller plus loin en développant des activités ouvertes aux voisinages, comme des jardins potagers, afin de créer du lien autour de ces nouveaux lieux de vie.
Faire connaître le modèle pour le voir se multiplier
Pour les prochaines années, Franck Renaudin assume une ambition à la hauteur du défi :« qu’il n’y ait plus personne à la rue ». Plus concrètement, La Fabrik à Yoops veut surtout faire connaître et essaimer son modèle. L’entreprise prévoit de produire une vingtaine de mini-maisons l’année prochaine et envisage, si la demande continue à se développer dans d’autres territoires, la création d’un second atelier dans une autre région.
Cette volonté de partage fait aussi écho à son adhésion à la fédération. Franck Renaudin souligne notamment l’intérêt des formations, de la mise en réseau et des échanges avec les autres entreprises adhérentes, mais aussi l’état d’esprit rencontré au sein du réseau de la fédération.
Et derrière le nom « Yoops » se cache finalement toute la philosophie du projet : il vient des « youpi » entendus lorsque l’on annonce à une personne qu’elle va pouvoir disposer de sa mini-maison. Une façon simple de rappeler que derrière chaque logement fabriqué, il y a avant tout un nouveau départ.
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