Portrait

Kiklean.net dépoussière l’image de l’entreprise de nettoyage

 

A l’heure où l’appel à candidatures pour la quatrième édition du Prix JENi (Jeune entreprise d’insertion) Christian Valadou vient de se clore, nous sommes allés à la rencontre de Kiklean.net qui vient de fêter sa première année d’existence.

Basée à Courbevoie, cette entreprise d’insertion spécialisée dans le nettoyage professionnel est dirigée par Wesley Samba, jeune chef d’entreprise de 34 ans et, le moins que l’on puisse dire, c’est que ça déménage avec Kiklean.net : rémunération équitable, égalité femme/homme, inclusion, heures le plus souvent en journée, santé… En plaçant l’inclusion des plus vulnérables et l’environnement au cœur de sa stratégie d’entreprise, Wesley Samba revient sur cette aventure débutée il y a un an maintenant.

Avant tout, pourquoi le nom de Kiklean.net ?

On comprend tout de suite ce que font les entreprises qui commencent par un ki si je prends l’exemple de Kiabi, Kiloutou ou encore Kinougarde, nous on nettoie, donc Kiklean. Kiklean, c’est aussi le bruit d’une sonnette car à la base c’était un projet de service de ménage chez des particuliers. C’est parti de là et quand on a évolué dans le B to B, on a rajouté le .net qui rappelle internet et le nettoyage. Kiklean.net, c’est pour dire « c’est clean, c’est net » et ça rimait aussi avec notre punchline : « le nettoyage professionnel qui ménage la planète ».

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre entreprise ?

Kiklean.net a un an d’existence. C’est une entreprise d’insertion de nettoyage pour les professionnels à vocation sociale, écologique et inclusive. Nous avons principalement des clients parisiens et en proche banlieue. Notre spécialité c’est vraiment le nettoyage dans le secteur tertiaire. Nous avons parmi nos clients de grands groupes avec, par exemple, le leader mondial des cartes à puces, des agences de marketing sur Paris, des TPE/PME comme des ateliers d’art en bijouterie, des coworking à Paris, la Garenne-Colombes et Vincennes, des fonds d’investissement dans le 8ème arrondissement… nous touchons tout type d’entreprises.

Kiklena.net, c’est aujourd’hui combien de salariés ?

Kiklean.net compte aujourd’hui douze salariés dont cinq en parcours d’insertion. 55% sont des femmes et 45% des hommes sur la totalité de l’effectif. En tant que dirigeant, je prête attention à avoir un certain équilibre femmes/hommes, sans pour autant faire de la discrimination à l’envers, car cela nous apporte que du plus dans la manière de travailler et sur les visions du métier.

Le travail s’effectue en journée chez 60% de nos clients et ça c’est génial parce que ça humanise totalement la relation et, au final, ça n’a que du bon parce que l’agent a un retour direct sur son travail par le client. C’est très valorisant aussi quand on a passé cinq ans dans la rue et qu’on vous fuyait parce qu’on vous trouvait sale… Aujourd’hui, on les remercie parce qu’ils rendent les endroits très propres. C’est une belle histoire pour certains ! Maintenant, nous avons aussi des agents qui préfèrent être seuls sur les chantiers, tôt le matin ou tard le soir, nous prenons en compte les situations et les aspirations de chacun.

Comment est né le projet de créer Kiklean.net et pourquoi spécifiquement le secteur du nettoyage ?

L’idée a germé suite à ma rencontre avec une femme de ménage. Je travaillais comme commercial pour Nespresso à l’époque et celle-ci, auto-entrepreneuse, m’a demandé si je connaissais quelqu’un pour la prendre en CDI. J’en ai parlé à mes clients qui ont décidé de prendre une société de nettoyage à la condition que celle-ci prenne en CDI cette femme de ménage. Cette rencontre m’a fait prendre conscience que je pouvais aider quelqu’un et faire basculer sa vie vers quelque chose de plus positif, je me suis alors dit pourquoi ne pas le faire à plus grande échelle.

Quant au choix du nettoyage, celui-ci s’est fait naturellement de par mon expérience professionnelle dans le marketing et le relationnel commercial avec les entreprises et d’où je viens, une cité du 93 où tous les réveils sonnaient à cinq heures du matin dans mon immeuble. Je connaissais bien cet environnement, les gens… mes parents étaient ouvriers aussi. J’avais envie via mon approche marketing de rendre plus beau, plus dynamique ce secteur d’activité du nettoyage que je trouve malheureusement vieillissant dans sa communication, il y a d’ailleurs peu de jeunes qui créent ou reprennent des entreprises de nettoyage. De rendre plus attrayants aussi les métiers de ces gens qui se lèvent tôt…

Quelles ont été les freins rencontrés et les leviers lors de la création de votre entreprise ?

Le principal frein a été très clairement le financement. Quand on va voir des banques classiques en leur disant qu’on veut recruter des personnes très éloignées de l’emploi, qui étaient soit au RSA, soit SDF, afin de leur permettre de retrouver un emploi durable et que, pour cela, on veut les mettre au cœur des entreprises parisiennes et non pas dans des champs de patates dans le fin fond du 77 en les faisant travailler en les cachant, on n’est pas accueilli les bras ouverts, ce je que peux comprendre… mais du coup, le premier frein ça a vraiment été le financement et de vendre le projet.

Ensuite les vrais leviers, c’est quand on a commencé à prospecter les entreprises, car en fait les entreprises sont totalement prêtes. Je pense que les freins, parfois, ce sont les chefs d’entreprise d’insertion eux-mêmes qui se les mettent : « on est dans l’insertion, on ne peut pas toquer à certaines portes ». Me concernant je ne me suis mis aucune barrière, c’est peut-être lié à mon parcours purement commercial, donc forcément il y a plus de probabilités que les gens soient impactés par votre message. Mais je les répète les entreprises sont vraiment prêtes ! Aujourd’hui, nous sommes encore étonnés parce que nous avons beaucoup de demandes via Google et comme il y a 3 000 entreprises de nettoyage sur Paris… pour qu’une personne arrive sur notre site c’est qu’elle a tapé des mots bien précis comme insertion, social… pour nous trouver, et ça, ça signifie qu’il y a une vraie demande, une vraie appétence.

Quel sont les impacts de votre entreprise aujourd’hui ?

En tant qu’entreprise d’insertion, ça n’étonnera personne, notre impact est avant tout social, je dirais même plus sociétal. Quatre de nos agents sur cinq étaient dans un foyer SDF. Très concrètement, on les a aidés à retrouver leur dignité et à prendre un nouveau départ, au-delà d’un simple travail. Nous souhaitons également améliorer les conditions de travail de nos salariés qui passe par une rémunération équitable, l’égalité femmes/hommes, la santé… On ne travaille qu’avec des produits écologiques, fabriqués en France, et pour une raison très simple, aujourd’hui on sait qu’un salarié sur quatre peut avoir un cancer des poumons à cause de produits nocifs. On tient à prendre soin de la santé de nos agents comme de nos clients. En fait, on répond aux trois crises que l’on vit actuellement : sanitaire, sociale et environnementale et je pense qu’il n’y a pas beaucoup d’entreprises qui peuvent répondre à ces trois crises majeures que nous traversons actuellement.

Quels sont désormais vos projets à court, moyen et long terme ?

A long terme, on a ce qu’on appelle au sein de l’entreprise « Kiklean 2025 » à savoir atteindre l’objectif de 100 salariés fin 2025. A moyen terme, c’est de mieux structurer notre organisation avec des process plus poussés sur le recrutement et l’accueil des salariés. Je veux que l’on soit socialement innovant avec des parcours précis ; sur le volet commercial, que notre discours ne soit pas dans l’agressivité commerciale, en cherchant avant tout à sortir la concurrence. Notre objectif n’est pas de récupérer des contrats qui mettraient au chômage des personnes qu’on retrouverait deux ans après chez nous…

Nous allons aussi dans les prochains mois nous pencher sérieusement sur le label RSEi (Responsabilité Sociétale des Entreprises Inclusives) car notre objectif est de devenir l’une des références de l’insertion demain comme d’autres entreprises de la fédération aujourd’hui, en étant exemplaire tant sur le volet économique, social et environnemental. En fin à court terme, c’est de finir l’année avec zéro résiliation de clients.

En tant que jeune chef d’entreprise d’insertion, quel conseil pourriez-vous donner à ceux qui aimeraient se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat social ?

N’attendez pas d’avoir un plan parfait pour vous lancer parce que de toute façon rien ne va se passer comme prévu. Donc foncez, lancez-vous et vous verrez bien. Nous, on a une phrase dans la boite qu’on se dit tous les jours parce que ça arrive tous les jours : « chaque problème a sa solution et si il n’y a pas de solution, c’est qu’on a pas de problème ! ».

Pour plus d’infos sur Kiklean.net : www.kiklean.net

Vous avez le projet de créer une entreprise d’insertion, une entreprise de travail temporaire d’insertion, une entreprise d’insertion par le travail indépendant ? N’hésitez pas à vous rapprocher de la fédération des entreprises d’insertion dans votre région (coordonnées à retrouver ici).

© Crédit photos : Kiklean.net

S’abonner à notre newsletter

Le meilleur de La fédération des entreprises d’insertion dans votre boîte mail !

Retour en haut