3 questions à Hélène Geoffroy, Secrétaire d’État auprès du ministre de la Ville

30 janvier 2017

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La fédération des entreprises d’insertion consacre fin janvier 2017 son 4ème numéro des Cahiers de l’Observatoire aux entreprises d’insertion et quartiers prioritaires de la Politique de la Ville. Elle a dans ce cadre invité la Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Ville à répondre à quelques questions pour nous faire partager son analyse des liens existants entre politique de la ville et entreprises d’insertion. 

 

20% des entreprises d’insertion sont implantées dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, est-ce une surprise pour vous ?

De façon générale, les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont d’abord des quartiers résidentiels et concentrent donc relativement moins d’activité tout court par rapport à d’autres territoires. Or, c’est bien dans ces QPV où le chômage et les difficultés d’accès à l’emploi sont déterminants, que l’enjeu économique revêt une dimension stratégique. Le gouvernement a par conséquent créé depuis 2014 de nouveaux dispositifs pour y soutenir la revitalisation économique et l’emploi. Je pourrai citer en exemple les zones franches urbaines refondues en ZFU-Territoires entrepreneurs, l’Agence France Entrepreneur dont l’objectif est de renforcer et mieux coordonner l’action en faveur de la création d’activité en priorité dans les QPV ou encore la Grande Ecole du Numérique qui agit prioritairement sur ces territoires.

S’agissant de l’insertion par l’activité économique (IAE), elle constitue un secteur très important pour les demandeurs d’emploi des quartiers les moins qualifiés et joue un rôle majeur pour leur accès à l’emploi. 71,5% des 516 entreprises d’insertion (EI et ETTI) se situent dans une commune qui a au moins un quartier prioritaire et peuvent accueillir un pourcentage significatif de leurs habitants.

Le gouvernement soutient l’accueil de ces publics par les structures d’insertion et le développement du secteur de l’IAE dans les QPV est l’un des objectifs des contrats de ville.

Des actions pour développer des clauses d’insertion dans les marchés publics ou privés ont été financées à hauteur de près de 7M€ en 2016.

Par ailleurs, la logique des clauses d’insertion dans les grands travaux, historiquement lancée à haut niveau par l’ANRU depuis 10 ans, est désormais reprise dans le cadre d’autres grands projets (Grand Paris Express, …) pour en faire bénéficier les habitants des quartiers. Ces perspectives sont renforcées avec le NPNRU, dans une logique quantitative et qualitative, avec un portage du sujet des clauses piloté au sein de chaque agglomération par les acteurs du contrat de ville, élus et représentants de l’Etat.

Des actions concrètes et immédiatement opérationnelles ont été proposées également en ce sens dans le cadre de la candidature de la ville de Paris aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 afin d’intégrer largement l’insertion dès la mise en place des chantiers. Il est important de signaler l’élargissement également du spectre de domaines tels que la propreté, le commerce de proximité peu connu et investi.

 

Avec un chômage qui reste 3 fois plus élevé dans les quartiers (26,7%) qu’en dehors (10%), la situation de l’emploi dans les quartiers est une des plus importantes inégalités que connaissent leurs habitants, comment l’expliquez-vous ? 

Depuis 2003, année de création de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS) qui précédait l’observatoire national des de la politique de la ville (ONPV[1]), le taux de chômage observé dans les quartiers relevant de la géographie prioritaire s’établit de manière permanente à plus du double de la moyenne nationale. Avec le recentrage de la nouvelle géographie prioritaire sur les territoires les plus pauvres, ce déséquilibre est d’autant plus marqué.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces écarts dans l’accessibilité à l’emploi : le manque de qualification[2], la  discrimination à l’embauche[3] liée à l’origine et au territoire, le manque de réseaux ou les problèmes de mobilité[4]. A l’ensemble de ces facteurs, peuvent s’ajouter également des freins périphériques tels que les problèmes de santé et de logement. Concernant les femmes, les difficultés d’accès à l’emploi sont accentuées par l’offre insuffisante et/ou inadaptée des modes de gardes d’enfant.

En matière d’amélioration d’accès à l’emploi des habitants des QPV, l’objectif que s’est fixé le gouvernement est de réduire de moitié les écarts entre le taux d’emploi observés dans les QPV et ceux observés dans les agglomérations qui les abritent. Le principal enjeu consiste à territorialiser les politiques de droit commun dans le champ de l’emploi, afin que les habitants des quartiers prioritaires, et en particulier les jeunes et les femmes, en bénéficient en proportion des besoins, identifiés localement dans les diagnostics établis lors de l’élaboration des contrats de ville.

La mobilisation des moyens de droit commun de la politique de l’emploi s’est traduite par la signature, en 2013, d’une convention interministérielle d’objectifs en faveur des quartiers populaires. Une convention signée avec Pôle emploi a été mise en  œuvre durant la même période 2013-2015. Une nouvelle convention conclue le 5 décembre 2016 par la Ministre chargé de l’emploi,  le Ministre chargée de la ville, le Directeur Général de Pôle Emploi et le Président de l’Union nationale des missions locales approfondit cet engagement en faveur de l’emploi dans les quartiers prioritaires en s’appuyant notamment sur les mesures décidées dans le cadre des comités interministériels pour l’égalité et la citoyenneté (CIEC) des 6 mars et 26 octobre 2015, et du 13 avril 2016.

Pôle Emploi s’est également engagé à accompagner tous les jeunes diplômés des quartiers prioritaires à travers une mesure particulière d’accompagnement.

En complément de cette mobilisation du droit commun, les crédits d’intervention de la politique de la ville contribuent également au financement d’actions en faveur de l’emploi et de l’insertion dans les quartiers prioritaires.

Pour la première fois depuis 8 ans le taux de chômage a amorcé une baisse dans les quartiers politique de la ville. Le rapport 2016 de l’ONPV viendra confirmer la valeur de la baisse prochainement.

 

Le gouvernement vient de rappeler dans le budget 2017 son soutien au déploiement du service civique avec l’objectif de 150 000 jeunes volontaires, comptez-vous vous appuyer sur les entreprises solidaires à finalité sociale pour réaliser cet objectif ?

Le Gouvernement a en effet pris des engagements depuis 2012 pour développer le service civique afin de permettre à une classe d’âge de s’inscrire dans un parcours citoyen. Le service civique lorsqu’il est volontaire, est un élément fondateur de ce parcours pour les jeunes.

Près de 100 000 jeunes ont été volontaires en service civique en 2016. C’est cinq fois plus qu’en 2011, où ils étaient 19 000. Comme vous le rappelez, nous avons fixé l’objectif à 150 000 en 2017 et même à 350 000 avant 2020.

Le Gouvernement se donne les moyens d’atteindre cet objectif ambitieux et utile à la nation comme aux jeunes.

Mon collègue Patrick Kanner a proposé au Parlement d’accroître sensiblement le budget du service civique pour 2017 dans un contexte budgétaire pourtant contraint.

Pour que ce budget ne reste pas lettre morte, la loi Egalité et Citoyenneté élargit le champ des organismes pouvant accueillir des jeunes en service civique. Il a ainsi décidé que les entreprises solidaires à finalité sociale pourront engager des jeunes volontaires. Attention toutefois, cette loi rappelle aussi que le service civique ne peut se substituer à un emploi. Si les ESUS ont été choisies, c’est bien parce que peuvent y être développées des missions d’intérêt général. C’est sur ce champ que nous attendons beaucoup de ces entreprises-là !

 

[1] Le rapport de l’ONPV 2015 montre ainsi que l’on recense, en 2014, 35,4 établissements économiques pour 1000 habitants dans les QPV contre 76,2 dans les unités urbaines comprenant au moins un quartier prioritaire.

[2] Les habitants des QPV sont peu qualifiés : sur la tranche 15-64 ans, 44,3% n’ont aucun diplôme contre 19,7% pour les habitants des quartiers environnants, et seulement 18,4% ont un niveau supérieur au bac contre 43,4 % hors QPV.  De plus, en 2012 le taux d’illettrisme concernant la population âgée de 18 à 65 ans  est deux fois supérieur à la moyenne nationale dans les anciennes ZUS quartiers de la politique de la ville (14% au lieu de 7%).

[3] Si la discrimination à l’embauche à laquelle sont confrontés les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville est mise en évidence pour des motifs ethniques, il est plus difficile d’identifier celle liée au lieu de résidence. Plusieurs études basées sur le testing, réalisées en Ile-de-France sur des métiers en tension, ont toutefois confirmé l’effet marqué du lieu de résidence dans la discrimination à l’embauche au niveau  du quartier mais également au niveau de la commune ou du département réputés comme défavorisés.

[4] Les emplois sous-qualifiés sont souvent à horaires décalés, fragmentés ou localisés en zones mal desservies. Le faible taux de motorisation des habitants des QPV et l’offre de service en matière de transports non toujours adaptée rendent leur accès difficile.