Les entreprises d’insertion mobilisées pendant le confinement

03 juin 2020

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Depuis le mois de mars, la France traverse une période exceptionnelle face à la crise sanitaire du COVID-19. La période de confinement a bousculé notre quotidien comme l’économie tout entière. Les entreprises, et notamment les entreprises d’insertion, ont dû s’adapter pour garder le lien avec leurs salariés, maintenir ou reprendre progressivement leurs activités, mettre en place équipements obligatoires et gestes barrières pour la protection de la santé de tous… Témoignages croisés de quelques-unes d’entre elles.

Maintenir l’activité à l’heure du confinement

Plusieurs scénarios se sont mis en place après le 17 mars, date d’entrée en vigueur du confinement.  Pour l’ETTi Altera en Bourgogne-Franche-Comté, le pire a été imaginé comme nous l’explique Laure Bognart, responsable de l’agence : « nous sommes une petite ETTi avec quinze équivalents temps plein. Nous travaillons essentiellement avec deux clients, la Société Fromagère et la fromagerie Bel. A l’annonce du confinement, je me suis toute de suite dit que nous allions mettre la clé sous la porte. Cependant, grâce une bonne connaissance de nos clients avec lesquels nous travaillons en toute transparence et une bonne gestion de nos intérimaires, nous avons pu maintenir 80% de notre activité, soutenu par l’engagement de chacun afin de traverser ensemble cette période. »  

Toutefois, nombreuses ont été les entreprises d’insertion pour lesquelles l’activité s’est arrêtée nette ou s’est fortement ralentie avant de reprendre peu à peu, à l’image d’ADC Propreté, entreprise d’insertion spécialisée dans la propreté à Nantes.  L’entreprise, suite à la fermeture de ses entreprises clientes, n’a pu maintenir que 50% de son activité auprès des bailleurs sociaux, des locaux administratifs et du secteur de la santé. Ce secteur comme d’autres a également dû s’adapter comme nous l’explique Philippe Fieux, PDG d’ADC Propreté : « nous avons dû nous adapter au jour le jour à la demande des clients. Certains n’ouvraient que partiellement, uniquement un étage ou un bureau, il a fallu ajuster la demande de personnel en permanence. C’était très compliqué pour les salariés de s’adapter. Concernant les fournitures de protections individuelles, nous en utilisions déjà pour notre activité d’entretien des espaces verts. Cependant, cela correspondait à 200€ par semaine maximum. Aujourd’hui, nous sommes à 2 000€ de masques par semaine. Nous devions justifier ces coûts supplémentaires à nos clients. Nous avons également acheté des masques en tissu pour que les salariés les utilisent dans les transports en commun ou dans leur famille. »

S’adapter pour répondre aux besoins essentiels 

Table de CanaMalgré une France à l’arrêt, les entreprises d’insertion ont cherché à maintenir leurs activités et à participer à « l’effort de guerre ». C’est notamment le cas de La Table de Cana à Marseille, spécialisée dans la restauration, comme nous le raconte Floriane Rieu, responsable du développement : « Faute de clients, nous avons dû fermer l’entreprise, mais face à l’urgence alimentaire et parce que c’est dans notre ADN, nous avons voulu participer à l’élan de solidarité. Nous avons ainsi repris 15% de notre activité, le 20 avril, en produisant des repas solidaires distribués à plusieurs associations du territoire. Ce sont ainsi entre 500 et 700 repas bios, halals, réalisés en circuit court par jour. Pendant le confinement, nous avons fait appel uniquement aux salariés volontaires. Des bénévoles sont également venus nous aider car, en parallèle de notre activité, nous travaillons sur le projet « des Etoiles & des Femmes » qui donne l’opportunité à des femmes d’intégrer les métiers de la restauration. La formation ayant été interrompue pendant le confinement, ces femmes ont souhaité nous apporter leur aide. »

DMultiplePour D.Multiple qui intervient dans les métiers de la logistique (conditionnement, emballage, contrôle qualité…) dans les Hauts-de-France, c’est 20% de l’activité qui a pu être maintenu comme nous l’indique Hervé Moras, responsable de la structure : « dès le début de la crise, nous avons essayé de nous positionner sur la confection de masques. Travaillant pour certains de nos clients sur le contrôle qualité, nous possédions déjà un atelier de couture où nous faisons des petits travaux de réparation ou de confection. Cependant, n’étant que sous-traitant, nous n’avions pas accès aux fournitures nécessaires à la confection de masques, mais dès que nous avons pu avoir le matériel nécessaire, nous nous sommes lancés. Nous avons déjà réalisé 3 500 masques et nous sommes en attente de réponses de futurs clients pour confectionner d’autres masques ainsi que des surblouses. Nous avons également produit pour l’un de nos clients des masques en tissu recyclé, revendus avec un label environnemental. »

Garder le lien avec les salariés en parcours d’insertion

La mission sociale des entreprises d’insertion, c’est le suivi et l’accompagnement des salariés pour favoriser leur retour à l’emploi durable. A l’heure du confinement et du #restezchezvous, cette tâche s’est avérée plus compliquée et les différents moyens de communication, un allié de taille. 

Marie Laure Boyard, responsable de l’ETTi Altera nous explique « les quinze premiers jours, j’avais presque tous les jours les intérimaires au téléphone. J’ai passé beaucoup de temps à les rassurer notamment deux d’entre eux qui étaient malades. Il y avait beaucoup d’interrogations : quelles sont règles pour accéder à l’entreprise, comment amener mon contrat, comment justifier mon déplacement…. Nous avons alors échangé par SMS et via un groupe WhatsApp que l’on a créé pour transmettre les informations facilement. Malgré la réticence qui aurait pu s’installer, une relation de proximité s’est mise en place. Nous étions tous mobilisés, que ce soit moi afin de maintenir le lien et de répondre aux interrogations ou les intérimaires qui n’ont jamais été ni absents ni en retard et qui n’ont jamais refusé une mission. »

Tout comme Altera, beaucoup d’entreprises se sont tournées vers les outils digitaux pour maintenir le lien avec les salariés. D.Multiple et La Table de Cana ont également mis en place un groupe WhatsApp, Ces lieux d’échanges ont permis de maintenir le lien entre la structure et les salariés. Ils ont été à la fois un lieu de communication formel mais également informel pour échanger, informer, donner des nouvelles.

Toutefois, malgré l’omniprésence des smartphones, les entreprises ont été confrontées à la fracture numérique. Philippe Fieux, PDG d’ADC Propreté, nous en parle : « Le confinement signifiait garder le contact, la première chose que nous avons mise en place et qui nous semblait facile et rapide c’est un groupe WhatsApp. Cependant, ce n’est pas parce que les salariés ont un smartphone qu’ils maîtrisent son fonctionnement. Le nombre d’utilisateurs a donc eu du mal à décoller et il a fallu accompagner la mise en place de l’outil. Notre chargée d’insertion et d’accompagnement au projet social a travaillé sur des tutoriels pour accompagner les salariés dans la création d’une adresse E-mail, l’installation et l’utilisation du groupe WhatsApp etc. Nous nous sommes ainsi améliorés sur ce point. »

Malgré la situation que le confinement a engendré, les entreprises d’insertion sont restées mobilisées pour que les salariés ne se sentent pas isolés et restent au maximum actifs. A l’heure du déconfinement, les activités reprennent progressivement, dans l’espoir d’un retour à la normale très vite.

 

Retrouvez les entreprises sur leur site internet : 

ADC Propreté : www.adcproprete.com 

Altera : www.altera-interim.fr 

D.Multiple : www.dmultiple.fr 

La Table de Cana Marseille : www.latabledecana-marseille.com