La Maison de l’Economie Solidaire : oser pour innover

05 juillet 2016

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Photo des salariés de la Maison de l Economie Solidaire

En 1988, Michel Rocard, récemment disparu et homme de conviction auquel la fédération rend hommage, créé le revenu minimum d’insertion. Alors jeune actif dans un job confortable d’accompagnateur de business pour les artisans et commerçants de sa région, Rachid Cherfaoui décide lui de se lancer dans une aventure solidaire, inspiré par l’idée, encore récente à l’époque, qu’il est possible d’accompagner des personnes en situation d’exclusion par l’emploi. Aventure qui continue aujourd’hui, animée par cette même inspiration : un besoin constant d’innover, de défricher et d’inventer au bénéfice des personnes et du territoire.  

 

La solidarité comme prémisse d’entreprendre

Photo de Rachid Cherfaoui« L’insertion par l’activité économique est comme la pierre philosophale, elle nous donne l’impression de réussir une équation impossible : associer efficacité économique et finalité sociale. Nous sommes un peu comme des savants-fous convaincus que nous pouvons transformer l’économie pour bâtir des territoires plus fertiles en solidarités ».

Le ton est donné, Rachid Cherfaoui fait partie de ces alchimistes des temps modernes et son terrain d’expérimentation est le Pays de Bray, territoire de bocage à cheval entre la Seine-et-Marne et l’Oise.

C’est sur cette communauté de commune qu’il décide de créer un « bassin de solidarité » à la fin des années 80. La première initiative de ce projet est la création d’une association intermédiaire « Pays de Bray emploi ». L’insertion par l’activité économique en est encore à ses balbutiements dans sa reconnaissance institutionnelle, mais son fondement est déjà solide : inscrire des personnes éloignées de l’emploi dans un parcours professionnel, au service du développement de leur territoire.

Une entreprise d’insertion vient rapidement compléter le projet sur des activités d’entretien d’espaces verts et d’espaces naturels. Suivront ensuite les ateliers et chantiers d’insertion du Pays de Bray, puis une recyclerie et une activité d’éco-construction, afin de développer les compétences des salariés et d’assurer la professionnalisation des services.

 

La coopération comme valeur ajoutée

Pour que l’inspiration perdure et défricher de nouveaux terrains vierges d’expérimentation, c’est le champ de la coopération que Rachid décide d’explorer au tournant des années 2000.

L’insertion par l’activité économique s’est alors structurée et remporte l’adhésion des élus et des habitants du territoire. L’idée s’impose de créer un lieu et une organisation commune, en cohérence avec le projet de territoire porté par l’activité d’insertion développé par Rachid.

La Maison de l'Economie SolidaireLa Maison de l’Economie Solidaire est inaugurée en 2003 : société coopérative d’intérêt collectif, elle regroupe les structures d’insertion du Pays de Bray et est administrée par 5 collèges (salariés, usagers, entreprises de l’économie classique partenaires, collectivités publiques, militants de l’économie sociale et solidaire impliqués dans le projet de l’entreprise). Les résultats sont immédiats tant en termes d’efficience, de solidité du projet collectif et de lisibilité pour les demandeurs d’emploi et les partenaires.

« Cette organisation n’est pas une finalité en soit, mais bien un moyen d’avancer dans le projet de territoire » souligne Rachid. La Maison de l’Economie Solidaire devient rapidement l’initiatrice et le porteur de « Demain, le pays de Bray », véritable projet prospectif élaboré grâce à une méthode collaborative voué à se traduire par des mises en œuvre très concrètes, articulées autour de plusieurs axes : tourisme, services à la personne, artisanat, etc. Tout naturellement  la Maison de l’Economie Solidaire devient un Pôle Territorial de Coopération Economique (PTCE), permettant d’aller encore plus loin dans la mobilisation de l’économie, des énergies, et du territoire au service de l’insertion des personnes en difficulté. 

Illustration de la Maison de l'Economie Solidaire en chiffres

L’expérimentation comme nécessité

C’est dans la recherche et développement que l’inspiration de Rachid va trouver un nouveau souffle : « les entrepreneurs d’insertion que nous sommes sont des inventeurs, des défricheurs, des innovateurs, mais nous avons souvent du mal à le faire savoir ». Aux côtés de l’Institut Godin, centre de recherche sur l’innovation sociale qu’il préside depuis plusieurs années, il va alors s’atteler à identifier, caractériser, valoriser ces marqueurs qui ne peuvent pas s’exprimer dans un bilan comptable ou à travers un taux de sorties dans l’emploi. C’est cette conviction qu’il porte au Conseil Supérieur de l’Economie Sociale et Solidaire.

Création d’une coopérative d’artisans, lancement d’un projet répondant aux besoins des personnes âgées dépendantes, lancement d’un marché de producteurs locaux dont le succès a surpris tout le monde : c’est par des projets concrets que l’aventure de la Maison de l’Economie Solidaire perdure, démontrant au quotidien qu’on peut redynamiser un territoire, même rural, en faisant de l’insertion des personnes en difficulté une finalité, de la coopération une obligation et de l’expérimentation un moyen d’innover pour faire bouger les lignes !

 

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Crédit photos : © La Maison de l’Economie Solidaire