Bou’Sol, le réseau qui multiplie les boulangeries solidaires

02 février 2016

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Pain et Partage

Imaginé autour de l’association Pain et Partage implantée à Marseille depuis plus de 20 ans, le modèle de la boulangerie solidaire caritative a bien grandi sans rien perdre de son esprit collectif et solidaire. Une première entreprise Pain et Partage a ouvert ses portes à Montpellier en mai 2015, et d’autres ouvriront prochainement dans les villes de Lyon et Calais.

Aujourd’hui les boulangeries Pain et Partage sont structurées au sein de Bou’Sol : le réseau appuie l’essaimage des boulangeries solidaires au niveau national et vient d’être lauréat du second appel à projet PTCE (Pôles Territoriaux de Coopération Economique). Samuel Mougin nous en dit plus sur son parcours et le réseau Bou’Sol qui prouve que l’insertion est compatible avec les métiers de l’artisanat.

De son côté, avec plus de 40 porteurs de projet d’entreprise d’insertion accompagnés depuis 2008, Hugo Lichère, chargé de mission à la fédération des entreprises d’insertion de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, nous explique les spécificités du modèle et nous donne quelques conseils pour se lancer dans la création d’entreprise d’insertion.

 

Samuel Mougin, avant de créer Pain et Partage, quel a été votre parcours ?

J’ai une formation universitaire de biochimiste. Il y a 20 ans lorsqu’il a fallu faire le choix entre le service militaire et le service civil j’ai opté pour le service civil et me suis engagé dans une association d’insertion de Montbéliard. J’avais pour mission de développer un projet autour du concept des Jardins de Cocagne pendant les 10 mois du service. A la fin de la mission, le projet était bien amorcé, on m’a alors proposé de rester un an de plus pour le lancer… j’y suis resté 10 ans !

Après ces 10 années riches d’expériences, j’ai eu envie de me lancer de nouveaux défis, et au fur et à mesure des rencontres avec les réseaux de l’ESS, j’ai fait la connaissance du chantier d’insertion Pain et Partage à Marseille dans lequel je me suis engagé comme bénévole.

Comment vous est venue l’idée de créer une entreprise solidaire sur l’activité de boulangerie ?

Atelier Pain et PartageEn 2011 le chantier d’insertion Pain et Partage était à un tournant dans sa stratégie de développement, la boulangerie commençait à produire du pain bio et à avoir un carnet de commande bien rempli. En parallèle, sur le volet social, la boulangerie était une solution de proximité qui donnait des résultats encourageants pour les personnes en parcours d’insertion, les deux effets combinés ont convaincu d’amorcer une logique d’essaimage du modèle pour changer d’échelle.

Dans le même temps j’ai fait la  rencontre de Benjamin Borel, qui est aujourd’hui codirigeant de Bou’Sol et ensemble nous avons imaginé le réseau des boulangeries solidaires.

«On voulait que notre projet réponde à trois défis : Proposer une alimentation saine, biologique et de qualité au plus grand nombre - Intégrer une démarche globale de circuit court dans les filières de production et de distribution de la boulangerie et faciliter l’accès des salariés en insertion aux métiers de la boulangerie.»

Nous avons alors créé Bou’Sol, un réseau structuré en SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) qui vise à essaimer le modèle de la boulangerie Pain et Partage sur d’autres territoires.

De votre côté Hugo, pouvez-vous nous dire comment la fédération des entreprises d’insertion intervient dans le processus d’accompagnement à la création d’entreprises d’insertion ?

La fédération propose aux porteurs de projets deux niveaux d’accompagnement. On a une première mission d’accueil des porteurs de projets, cette première prise de contact avec l’entrepreneur lui permet de présenter son projet, la logique économique et la finalité sociale qu’il souhaite donner à son futur projet d’entreprise.

A ce moment-là, notre rôle est de leur délivrer toutes les informations propres au modèle de l’entreprise d’insertion : le conventionnement avec l’Etat, le mécanisme de l’aide au poste, et le principe de l’agrément des salariés en insertion. Des informations clés qui leur permettent d’ajuster leur business plan avec les spécificités sociales du modèle de l’entreprise d’insertion.

Lorsque le projet est cohérent sur les deux dimensions économique et sociale, nous proposons au porteur de projet un premier rendez-vous avec la DIRECCTE : l’aval des services de l’Etat est le préalable indispensable pour que l’accompagnement de fond soit enclenché.

Samuel, les boulangeries Pain et Partage sont associées à la Scic Bou’Sol, pourquoi avez-vous fait le choix de la franchise solidaire ?

Les entreprises d’insertion Pain et Partage sont développées sous le statut SCIC, c’est pour nous une condition essentielle pour créer une forte valeur ajoutée sur le territoire entre les collectivités, nos partenaires et les salariés.

Avec le collège des boulangeries Pain et partage au sein de la gouvernance de la Scic Bou’Sol, le modèle de la franchise solidaire permet d’appuyer la stratégie de développement du réseau Bou’Sol et de nourrir les boulangeries Pain et Partage en retours d’expériences.

 

Vous qui connaissez très bien l’ensemble des dispositifs de l’IAE pourquoi avoir retenu le modèle de l’entreprise d’insertion ?

L’entreprise d’insertion est en phase avec l’entrepreneuriat, elle permet d’être dans le marché, de construire des trajectoires professionnelles pour les salariés en parcours d’insertion et d’avoir un impact local sur le territoire. Trois points forts qui nous permettent d’être en confiance avec nos partenaires publics et privés.

Hugo, le modèle de l’entreprise d’insertion implique que le projet social soit indissociable du projeté économique, quel accompagnement spécifique apportez-vous sur ce volet ?

Effectivement, la fédération des entreprises d’insertion assure un double accompagnement au porteur de projet, à la fois économique/financier et social. Nous appuyons le porteur de projet dans l’écriture de son projet social, nous leur donnons tous les outils nécessaires à l’accompagnement socioprofessionnel des futurs salariés en insertion : les profils de postes, l’organigramme, le plan de formation, le rôle du chargé d’insertion professionnel.

«Dès le démarrage nous les sensibilisons à la démarche qualité de leurs pratiques sociales.»

En plein Salon des entrepreneurs, quel conseil donneriez-vous Hugo à ceux qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat social ?

Le premier conseil c’est de s’entourer. Nous proposons systématiquement aux porteurs de projets que nous accueillons une rencontre avec un chef d’entreprise d’insertion du réseau, c’est vraiment important d’aller taper à la porte des entreprises, ce sont les mieux placées pour leur expliquer ce qu’est l’insertion au quotidien.

Le deuxième conseil c’est d’être accompagné, au-delà de l’expertise économique et sociale que nous apportons au projet cela permet à l’entrepreneur d’entrer dans une démarche constructive et de tracer un fil conducteur qui l’amènera étape après étape jusqu’à la création.

Et vous Samuel Mougin?

La persévérance ! Il ne faut pas hésiter aller au bout de son idée si on sait qu’elle est bonne.

 

Contacts

Bou’Sol

58-60 avenue du maréchal Foch - 13 004 Marseille

bou-sol.eu

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